Portrait d’un collectionneur de timbres

03.01.2014

Il existe de nombreux passionnés de timbres en France, philatélistes en herbe, confirmés ou professionnels. Portrait de Marcel Nadal

Portrait d’un collectionneur de timbres

Comment, pour vous, l’envie de collectionner des timbres est-elle née ? 

Je suis d’une génération qui a connu le timbre dans la vie de tous les jours. Il y avait des timbres sur le courrier familial, il y avait des timbres sur les colis postaux, il y avait des pochettes de timbres au bureau de tabac, le chocolat Cémoi et la chicorée Leroux faisaient la promotion du timbre, etc. Il était alors facile, pour peu que l’on ait l’esprit collectionneur, de ramasser et de conserver ces timbres.

Les émissions de timbres de La Poste étaient raisonnables et le coût annuel compatible avec un « budget » de jeune. Aujourd’hui, le timbre a disparu du courrier, sauf de celui de nos amis philatélistes. Les jeunes ne collectionnent plus les timbres et c’est normal puisqu’ils n’en voient pas. Comment penser à collectionner quelque chose que vous ne voyez pas, que vous ne connaissez pas ?

Quel est le thème/l’angle de votre collection ? Pourquoi avez-vous choisi ce thème ?

En dehors des timbres de France (collection arrêtée en 2002), je collectionnais dans ma jeunesse les timbres représentant des effigies de personnages célèbres. J’ai découvert alors que plusieurs pays avaient émis des timbres à l’effigie d’Henry Dunant. De là à la Croix-Rouge il n’y avait qu’un pas vite franchi. J’ai un peu arrêté cette collection générale pour me consacrer à la recherche et à l’étude des cartes de correspondance Croix-Rouge des Prisonniers de Guerre pendant la première Guerre Mondiale, et surtout à la recherche des Messages Civils Croix-Rouge de la deuxième Guerre Mondiale.

Enfin, suite à un coup de foudre pour une superbe collection présentant les lignes maritimes dans l’Océan Indien, je collectionne aussi les marques d’entrées maritimes à Marseille jusqu’à la fin du 19e siècle.

Comment procédez-vous pour acquérir des timbres ?

Les thèmes de mes collections font que, d’une part, il y a de nombreux documents, et que d’autre part tous les pays sont concernés. La démarche pour l’acquisition de ces timbres et de ces documents est classique :

            - « faire les boîtes » des négociants lors des Expositions

            - Recherche dans les Ventes sur Offres des négociants

            - Recherche sur les sites Internet tels que eBay ou Delcampe

            - Contact direct et permanent avec des négociants.

Que vous a appris la collection de timbres ?

On néglige trop souvent le côté culturel du timbre et de la philatélie en général. C’est pourtant une source inépuisable de connaissances. On ne peut pas collectionner la Croix-Rouge par exemple sans s’intéresser  aux nombreux conflits où elle a été présente. Et même pour nos seuls timbres français, je prendrai un exemple simple.

Posez la question, même aux franciliens : qui a été le promoteur du métro à Paris au début du XXe siècle ? La réponse est sur un timbre de 1967, il s’agit de Fulgence Bienvenüe. Mais en dehors des connaissances pures, la collection de timbres est une école de patience, d’ordre et d’organisation.

 

Collectionner les timbres, c’est aussi aller à des salons, rencontrer des passionnés dans les clubs philatéliques, participer à des compétitions. Pourriez-vous nous décrire quelques belles rencontres ?

La vie n’est faite que de rencontres. C’est valable aussi pour la philatélie. On peut les évoquer, mais il est difficile de les décrire. C’est d’abord la rencontre avec mes « maîtres », ceux qui m’ont accueilli et appris : Albert Longer, Gabriel Gourin et Pierre Gobillot pour ne citer qu’eux. C’est la rencontre de personnes avec lesquelles j’ai travaillé et travaille encore, Robert Deroy et Philippe Lesage entre autres, et qui sont devenus des amis. 

C’est encore la rencontre d’autres philatélistes, compétents, érudits, mais toujours prêts à aider. Ils sont très nombreux, mais je ne peux passer sous silence Michèle Chauvet, Michel Menchon, Bernard Jimenez et Guy Dutau. C’est aussi la rencontre d’une collection qui va déterminer votre propre voie, comme je l’évoquais lors de la 2ème question. Mais les plus belles rencontres sont celles à venir.

Que conseilleriez-vous à un jeune philatéliste / à un philatéliste qui va démarrer sa collection ?

Aux deux, je conseillerais d’adhérer d’abord à une association. Ils y trouveront de l’aide et des conseils pour bien commencer leur collection en évitant surtout d’acheter tout et n’importe quoi. Ils y trouveront aussi les moyens d’apprendre à travers les nombreux ouvrages des bibliothèques des associations. Je leur conseillerais, surtout s’ils se lancent ensuite dans la compétition, d’être patients, ouverts aux autres, humbles devant les connaissances des autres et enfin de cultiver le dialogue et l’échange d’idées.

Enfin, et quel que soit le choix de leur collection, cela doit d’abord être un plaisir, mais il faut ensuite mettre beaucoup de passion pour en retirer tout le bonheur possible.

Voudriez-vous ajouter quelque chose ?

La société change. L’informatique bouleverse nos habitudes. Le nombre de collectionneurs de timbres diminue. Mais tant que l’être humain restera collectionneur dans l’âme (du pin’s au muselet de champagne en passant par les boîtes de bouteilles de whisky) alors la philatélie aura de beaux jours devant elle !